Présentation du projet

« L’Île Pacifique » est une écriture originale de Sabrina Giampetrone metteure en scène de la Compagnie des Accès.

SON PROPOS
Trois personnages sont sur un bateau, un capitaine, son apprenti marin, et une petite fille.
Une quatrième comparse apparaît en filigrane, désincarnée, mais omniprésente, la mer.
Ensemble ils partiront pour une épopée, la recherche de l’Île idéale.
Mais la quête de chacun est unique et différenciée.
Capitaine est en quête de son havre perdu.
Pour Petit Mousse, c’est la quête de la mer.
Pour Mousse Tâche, savoir qui elle est.
L’Île s’avèrera le lieu d’un exil sans cesse réitéré.

Dans la fable les personnages n’ont pas de lien parental, l’équipage est une allégorie de la famille. L’histoire traite des enjeux familiaux, de comment la place et la fonction de chacun à l’échelle de la cellule intime, déterminent la place et la fonction de chacun dans le monde.

SON OBJET
« L’Île Pacifique » parle de la patine insidieuse des petites violences de l’intime, intériorisées et récurrentes, nées du hiatus entre le désir d’émancipation de l’individu et l’ordre symbolique qui le contraignent.
Elle ouvre le champ de la maltraitance non caractérisée, celle plus sourde, moins saisissable, faite d’arbitraire, d’incompréhension, de déni… génératrice d’empêchement et d’auto-enfermement.
Elle retranscrit sans la nommer, une quadrature familiale et ses enjeux.
Le texte interroge les déterminismes sociaux et leurs incidences à l’échelle de l’individu.
Chaque personnage détricote la question à sa manière.
Ces trois caractères affirmés et malgré tout plein d’amour, trament une parole traversée d’enjeux personnels explicites et de lignes de force insues, exacerbées par le déracinement, le poids de l’héritage et la perte.

La fable rappelle, à l’heure où la question du genre agite bien des peurs, où les obscurantismes rejaillissent, où des valeurs traditionalistes resurgissent et se radicalisent face à une société en recherche de valeurs et de réaffirmation politique, combien la question de l’intime est hautement politique et combien il est nécessaire de la donner à voir, à penser, par le poétique, pour pouvoir aspirer à d’autres possibles.

LES PERSONNAGES DE LA PIECE
Le Capitaine
Petit Mousse, il devient Grand Mousse
Petite Fille, elle devient Mousse Tâche, puis Jeanne
La mer, est une comparse désincarnée mais omniprésente

Le Capitaine est une figure imprévisible et insaisissable, tantôt impitoyable, tantôt d’une grande tendresse. Il campe maladroitement la figure du patriarche, forçant l’autoritarisme par crainte de faillir à la représentation de son rôle. Néanmoins, il est perpétuellement débordé par les événements et son autorité est en permanence mise à mal.
Il perçoit le fossé entre sa posture étriquée et implacable et l’insatisfaction de son entourage, mais la question le dépasse. Pour lui la Loi, du moins l’idée qu’il s’en fait, est inaltérable.
Il reste sourd à l’autre et se débat pour maintenir un semblant d’ordre, tout en restant démuni, hébété face à la séparation qui est à l’œuvre et qui reste hors de son entendement.
Il s’enfermera petit à petit dans l’incompréhension et l’oubli, jusqu’à la déraison.

Petit Mousse/ Grand Mousse
Petit Mousse est le souffre-douleur de Capitaine. Il ne plie pas, il est vif et endurant.
Il est tiraillé entre l’ancien monde et le nouveau. Il est à la fois conscient de l’impasse de la posture du Capitaine, dont il attend la transmission, sans remettre en cause la nécessité de la Loi. Celle-là même, qu’il se sent en capacité de réinventer.
Il ne peut renoncer à concilier les deux mondes. Il veut réformer depuis l’architecture immuable d’un cadre où il demeurera toujours Petit Mousse, sans se rendre compte qu’il reproduit du même. Il met toute sa force d’amour à concilier l’inconciliable.

Petite Fille/ Mousse Tâche/ Jeanne
Grâce à son aplomb et sa spontanéité Petite Fille déjoue les situations les plus critiques.
Et elle en a bien besoin. Elle n’était pas attendue. D’emblée, elle dérange. D’emblée, elle doit défendre sa place, et se débattre pour s’affirmer.
Elle réagit de façon impulsive et irrépressible, mue par l’instinct que dans ce monde préétabli son sexe ne lui réserve qu’une portion congrue.
Elle a l’intuition de combien la convention sociale l’enferme et la sépare des autres, bridant sa curiosité, son expression, la création de son identité.
Elle conteste la Loi, alors à être séparée, elle choisit le départ.

La mer est le terrain mouvant, instable sur lequel ce petit monde évolue. Elle ne permet aucun ancrage, aucun répit. La mer incarne le déracinement, la perte d’identité, la mise à mal de l’ordre symbolique et l’impossibilité de trouver sa place.
Sa dé-personnification figure son « hors-monde ». Un état qui la met en perpétuelle insurrection et la jette hors de soi entraînant toute l’équipée.

Ces quatre personnages sont animés par le désir d’aimer et d’être aimés dans ce qu’ils sont, mais l’endroit de cet amour est l’endroit même de l’étrangeté, de l’incompréhension, ou de l’impossibilité.
“Les relations entre les personnages oscillent entre se connaître et puis ne plus se reconnaître, entre ne pas se connaître et avoir l’impression de se connaître.” François Cervantès